Justice : Patrichi Tanasa arrosait d’argent la République

Cour criminelle spécialisée

Ce sont des révélations d’une gravité exceptionnelle que celles faites par l’ancien Administrateur Directeur Général de Gabon Oil Company. Alors que se tenait son procès il y a quelques jours, au Tribunal de Libreville, l’ancien ADG est passé à table pour dire à la barre, la liste des bénéficiaires de l’argent de la GOC dont il était le premier responsable. Dans ses déclarations, la Fondation Sylvia Bongo Ondimba pour la Famille a été citée et la Première Dame du Gabon, Sylvia Bongo Odimba également. Les montants sont astronomiques. On y apprend que l’ADG aurait à chaque fois versé à la Fondation la coquette somme de 150 millions de Francs CFA, servant à l’organisation d’Octobre Rose, programme dédié à la détection des cancers féminins. Toujours selon ses propos, il aurait versé une somme de 400 millions de Francs CFA pour soutenir les activités de la première Dame.

Démenti

Après ces déclarations qui ont trouvé un écho favorable chez les internautes et dans les conversations des gabonais, la Fondation sylvia Bongo Ondimba pour la famille n’a pas tardé à faire parvenir un démenti. Dans un communiqué abondamment diffusé sur les réseaux sociaux, la FSBO nie toute implication dans un tel dossier. Elle avoue cependant avoir reçu de l’argent de la Gabon Oil Company, mais seulement 10 millions, versés en deux tranches de 5 millions. La Fondation de la Première Dame dit vouloir poursuivre en justice tous ceux qui colporteraient ces fausses informations. Une mise en garde qui n’a pas fait reculer l’opinion national, tant les gens ne se sont pas privés de commenter cette question.

Quel crédit accorder aux révélations de Patrichi Tanasa ?

Assis sur le banc des accusés et conscient de la gravité de la situation dans laquelle il se trouvait, l’accusé Patrichi Tanasa aurait pu se livrer à des révélations douteuses pour entacher l’image du pouvoir gabonais. Il faut le dire clairement, en attaquant la First Lady, c’est le Président de la République qui est attaqué. Le symbole de la morale incarné par la Première Dame Sylvia Bongo se trouve ainsi mis à mal par un homme qui se savait condamné. Et s’il avait menti ?

D’un autre côté, il se pourrait que certaines des révélations faites soient vraies. Notre pays a souvent excellé dans la confusion des genres et des rôles. On ne sait plus qui donne les instructions et selon quelle autorité. On imagine mal un responsable d’une entreprise étatique, ne pas accéder à la demande de la Première Dame ou de son entourage. C’est ce genre de confusion qui entretient le doute dans l’esprit des gabonais. Souvent et trop souvent, des gens agissent au nom du Chef de l’Etat sans qu’ils n’aient été réellement mandatés. Peut-être que si la ligne de démarcation était faite entre le Président, sa famille et ses collaborateurs, les choses n’en seraient pas là.

Enfin, Patrichi Tanasa a été condamné à 12 ans de réclusion et une amende de 75 millions de Francs CFA. L’Etat réclame à l’ancien ADG 20 milliards de Francs CFA au titre de dommages et intérêts.