Interview : « Il faut gagner le cœur des gabonais en plus de gagner la prochaine présidentielle »

Jo Dioumy Moubassango, ancien conseiller du président, ancien conseiller politique au PDG (DCP) et ancien porte-parole de ce parti nous a accordé une interview téléphonique que nous avons retranscrite fidèlement. Les propos qui sont tenus ici sont bien de lui. Ses équipes, avec lesquelles nous avons travaillé, ont exigé d’obtenir de nous une copie de l’interview avant diffusion, ce à quoi nous nous sommes pliés. Voici l’intégralité de cette interview.   

Bonjour monsieur Dioumy. Une question personnelle, que faites-vous de vos journées ?

Bonjour et merci à vous pour l’invitation. J’encadre mes enfants, j’en ai 4. J’écris pour finaliser des projets à moi et je réfléchis sur comment aider les plus jeunes à mieux naviguer dans ce monde politique assez surprenant, c’est le sens que je donne à ma dernière MasterClass. Enfin, j’essaie d’être utile à mon pays dans ma position actuelle. Voilà.

Que considérez-vous comme essentiel dans la prochaine élection présidentielle ?

Gagner les cœurs. On peut gagner une élection mais il faut aussi gagner les moyens de gouverner. Ces dernières années ont démontré que l’exercice est difficile, de concilier une victoire électorale avec la confiance populaire, permettant d’avoir les mains libres pour déployer notre vision politique (Celle du Président) et les politiques publiques mises en œuvre par le gouvernement. Il faut gagner le cœur des gabonais en plus de gagner la prochaine présidentielle. C’est selon moi une priorité.

Il y a comme un désamour entre les hommes politiques et les gabonais, mais aussi entre les gabonais. A quoi cela est-il dû ?

Je crois que c’est la situation économique et sociale de notre pays qui a considérablement fragilisé le lien social entre les gabonais. Nos compatriotes vivent des difficultés quotidiennes auxquelles il est urgent de trouver des solutions. Sur le plan politique, le rapport de force constant, né soit du fait de la radicalisation des positions de nos adversaires, soit de notre refus d’entendre les récriminations de nos compatriotes, peut aussi avoir joué à installer ce climat peu propice.

Y a-t-il encore un enjeu dans les prochaines élections à venir, nous avons l’impressions que c’est acquis ?

Rien n’est jamais acquis même si nous devons restés confiants. Aujourd’hui, pour nous, l’enjeu ne réside plus dans le fait de gagner l’élection présidentielle puisque nous avons pu surclasser politiquement ceux qui auraient pu se constituer en adversaires, même si l’humilité nous commande de rester prudents. Aujourd’hui, l’enjeu est de pouvoir gouverner dans une forme de tranquillité sociale et de maintenir le fil de la confiance avec une majorité de nos compatriotes. Une élection n’est pas simplement un chiffre ou un pourcentage au-dessus de la moyenne, mais l’adhésion des cœurs d’un peuple.

Au final, pourquoi est-ce si difficile pour un vainqueur de dérouler son programme ?

Simplement par la conjonction de deux choses : d’abord l’état économique de notre pays. Nous sortons d’une crise sanitaire qui ne nous a pas aidé et nous sommes loin d’être sortis de l’auberge sur cette question sanitaire. La situation est aussi aggravée par la détermination de certains d’obtenir le statut de « prisonniers milliardaires, en persistant dans les détournements et actes de corruption. La convocation de certains responsables administratifs par le Chef de l’Etat récemment, montre bien que les habitudes sont restées les mêmes malgré les sanctions. 

Que faut-il alors faire pour changer les choses ?

Certains voient leurs nominations à des postes de responsabilités comme une opportunité d’affaires. Ils n’ont pas ancré en eux, la volonté de servir l’état loyalement et de suivre la vision claire du projet politique du Chef de l’état. Il faut les écarter. Le président lui-même l’a dit lors d’une allocution. Il faut redonner des positions à des hommes qui sont traçables politiquement et qui ont un minimum d’expérience. La plupart de ceux qui sont en prison aujourd’hui n’ont pas d’attaches politiques. Ils travaillent pour eux-mêmes et leurs mentors.

Autre chose, la gestion des finances publiques dans toutes les administrations est si occulte que cela favorise les détournements. Il faut redonner des prérogatives de contrôle et non pas simplement de décaissement aux agents comptables du Trésor, qui sont affectés dans les différentes administrations, alerter la hiérarchie lorsque le niveau d’engagement est excessif (établir un niveau d’engagement qui déclenche l’alerte). Ainsi par exemple, on aurait pu éviter certaines dérives.

Autre question, quel est le bilan de votre champion, vous êtes toujours PDGiste n’est-ce pas ?

Oui bien sûr, je suis PDGiste. Les gens se trompent quant au bilan du Président Ali Bongo Ondimba pour ce mandat. De tête comme ça, nous avons fait face à la crise sanitaire, protéger des vies, sauver des entreprises, maintenu des emplois. Nous avons construit des écoles et des centres de formations que chacun peut voir. Nous accompagnons les jeunes entrepreneurs à travers Okoumé Capital par exemple et son programme la Fabrique des champions. Nous avons donné à la femme gabonaise toute sa place au sein de notre société. Nous avons attiré un niveau considérable d’IDE et la conséquence est que certains de nos jeunes compatriotes trouvent de l’emploi dans les entreprises qui s’installent au Gabon. Nous avons reformé l’ONE pour tracer tous nos diplômés et être capables de les absorber quand il y a des postes qui se libèrent dans le secteur privé et public. Il y a plusieurs programmes d’aide à l’autonomisation dont le projet « Un taxi, un emploi, un avenir », initié par l’ONE justement, bref.

Certains vous accusent d’avoir faim désormais et de d’avoir repris une certaine liberté de parole, qu’en dites-vous ?

J’ai toujours été un homme libre. En ce qui est de la faim, je dirai deux choses : Ceux qui ont faim sont en prison parce qu’ils ont voulu trop manger (rires), deuxièmement, si on veut bien élever notre niveau de réflexion, il faut avoir un peu faim, c’est-à-dire avoir le ventre un peu vide pour être capable d’élever son esprit et réfléchir sur les questions importantes de notre pays. Tous ceux qui sont rassasiés ne servent à rien. C’est le principe du jeûne chrétien, et je suis chrétien (rires).

Votre dernier mot ?

Je crois en la réalisation de notre destin commun. On peut briller à sa position sans devoir éteindre les autres. Le Président a besoin de tout le monde à ses côtés. Aucun enfant, aussi légitime soit-il, ne peut avoir le pouvoir de sélectionner selon ses caprices, les enfants de la famille qui doivent entourer le père. Chacun de nous est utile et le président l’a dit, la maison est grande. Nous allons gagner mais avec tout le monde. Certains doivent avoir le courage de l’entendre et de se gouverner en conséquence.

Merci

C’est moi…