Pourquoi le Gabon sera t-il ingouvernable dans exactement 18 mois ?

Les intellectuels ont démissionné de leur rôle, celui qui consiste à éclairer la société gabonaise. La plupart d’entre eux sont si préoccupés par les questions existentielles, qu’ils ne peuvent, en même temps, se consacrer à un exercice intellectuelle pertinent.  

Sauf que l’ingouvernabilité de notre pays se précise jour après jour et les décisions de l’exécutif actuel sont étonnamment, et toujours de nature à accélérer le processus de détérioration du climat politique déjà en grandes difficultés dans notre pays.

Ali Bongo Ondimba le président gabonais, le détenteur légal du pouvoir politique ne dispose plus d’aucune autorité susceptible de lui accorder des marges lui permettant de gouverner le pays. Cette situation d’effritement de l’autorité de l’état n’est pas nouvelle. Le Chef de l’état gabonais avait déjà amorcé ce processus irréversible au lendemain de l’élection présidentielle controversée, dont les résultats proclamés par les institutions électorales su Gabon avaient serieusement été mises en doute par la communauté internationale (UE) et l’opinion nationale. Ces derniers avaient plutôt selon plusieurs sources, donnés l’opposant Jean Ping, vainqueur de l’élection présidentielle de 2016.  

Ali Bongo s’est aliéné une grande partie de l’opinionnationale, c’est-à-dire les partis de l’opposition, la société civile, les syndicats et tous les Gabonais défenseurs de la démocratie et de l’alternance au sommet de l’état.

Dès lors, tout ce que le Chef de l’état Ali Bongo Ondimba a tenté de faire, était désormais frappé du sceau de l’illégitimité. Il a d’ailleurs eu du mal à rétablir sa crédibilité à l’international, étant devenu infréquentable pour tous les Chefs d’Etat élus démocratiquement.

Au sein de la diaspora, Ali Bongo n’est plus vu comme un Chef mais plutôt comme un vulgaire imposteur, usurpateur, un dictateur. Cela s’est traduit par la résistance du trocadéro, et les incessantes humiliations infligées à ses collaborateurs de passage en occident. Son directeur de cabinet de l’époque Martin Boguikouma en a fait les frais aux USA.

Pendant longtemps, le Chef de l’Etat gabonais a essayé de récupérer une espèce de légitimité en orchestrant un dialogue politique en 2017, dont le but ultime était de lui accorder ne serait-ce qu’une toute petite partie delégitimité au sein de l’opinion nationale et internationale. Cette opération rafistolée, qui s’est accompagnée de quelques modifications constitutionnelles notamment en ce qui est de la loi électorale, s’est soldée par un échec cuisant, au regard de l’incapacité du pouvoir en place à respecter les actes issus de ce dialogue d’Angondje.

L’effritement de l’autorité de l’état s’accélère avec l’accident vasculaire cérébral (AVC) du Chef de l’état Ali Bongo Ondimba, en octobre 2018. Tout le monde sait le Chef de l’Etat complètement affaibli. Certains le donnent pour mort même dans le camp du pouvoir. 

En cette période, les atermoiements au sein du système Bongo-PDG entre ceux qui pensaient déjà à la relève et ceux qui militaient pour un « Ali Bongo ou rien », montrent que le pouvoir s’est considérablement effrité. Même si au final, Ali Bongo Ondimba revient au Gabon après des mois d’absence, il n’en demeure pas moins que des doutes sérieux sont émis sur ses capacitéscognitives.

Le mouvement Appel à Agir demande à soumettre le président gabonais à un test médical pour juger de sa capacité à diriger le pays. L’opération se solde par une fin de non-recevoir de la justice mais le doute est semé dans la tête des Gabonais.

C’est à ce moment qu’un des collaborateurs du Président, en l’occurrence son Directeur de Cabinet de l’époque (2017-2019), conscient de la gravité de la situation, va concentrer tous les pouvoirs dans ses mains et commencer à distribuer les strapontins. 

Il n’y a plus, pendant les deux ans qui marquent le pouvoir de Brice Laccruche Alihanga, aucune autorité dans les mains d’Ali Bongo Ondimba. Tout l’appareil exécutif répond de BLA, des initiales du directeur de cabinet du Chef de l’état gabonais. D’ailleurs quand le président revient de sa convalescence et s’installe au palais Rénovation, la situation est risible. Brice Laccruche Alihanga continue d’être le Président de la République Gabonaise. Toute l’autorité politique lui colle à la peau et Ali Bongo lui, n’est plus qu’un personnage de décoration, exhibé à souhait lors des cérémonies républicaines.

La suite de l’histoire montre que deux éléments sont venus précipiter la neutralisation du directeur de cabinet du président : (1) Une tournée républicaine faussement présentée comme ordonnée par Ali Bongo Ondimba et (2) la volonté de Brice Laccruche Alihanga de remettre en cause l’hégémonie de l’inamovible président de la Cour Constitutionnelle Marie-Madeleine Mborantsuo.

Les murmures de l’entourage du Président issu de sa province vont convaincre le président qu’un coup d’état se prépare contre lui et ce ne sont pas les preuves qui ont manqué pour accabler le très ambitieux Brice Laccruche Alihanga. Il fut mis hors d’état de nuire le mardi 3 décembre 2019.

Malgré cette arrestation spectaculaire, le Chef de l’état n’a jamais su imprimer son autorité sur le pays, puisque chacun s’est adonné à son petit détournement de deniers publics, convaincu qu’il n’y avait plus rien à attendre d’Ali Bongo Ondimba. Les arrestations se sont tout de même multipliées.

Ces arrestations ont été présentées par l’opinion comme étant l’œuvre du fils du président Ali Bongo, NoureddinBongo Valentin. La suite a fait du fils du Chef de l’état gabonais un Coordinateur Général des Affaires Présidentielles. Un poste équivalent à celui de directeur de cabinet.

Aussitôt, Bongo Valentin a aussi voulu imprimer son rythme de nominations en mettant en place un dispositif bien à lui, par le truchement de son directeur de cabinet, le très célèbre Ian Ghislain Ngoulou. Il est à la manœuvre depuis le palais de la présidence. La dualité politique est créée. 

Deux autorités ne peuvent pas être assises dans le même palais. Le fils Bongo Valentin commence à nuire à ce qui reste de l’autorité de son père puisque la plupart des ministres préfèrent passer par lui au lieu d’aller voir le président qui devient un homme presqu’infréquentable et délaissé. Ali Bongo qui n’a connu que les honneurs, ne peut supporter une telle situation même venant de son héritier naturel.

Dans ce contexte, il aurait été difficile au Chef de l’Etat de tenter de reconstruire une quelconque autorité. Les quelques amis d’Ali Bongo Ondimba qui le fréquentent encore, vont le convaincre de se débarrasser de son fils, de le virer de la présidence de la République. Ce qui est fait le 13 septembre 2021 lors d’un conseil des ministres ciblé.

Cette éviction est une éviction de confort qui avait pour mission de rappeler qui est le chef et de récupérer une autorité que le président a désormais du mal à incarnerdepuis 2016. Encore une fois, la gestion liberticide de la pandémie de la covid-19 vient complètement décrédibiliser le Chef de l’Etat. La contestation des choix gouvernementaux, présentés comme des instructions du Chef de l’Etat, a fini de construire à Ali Bongo une impopularité certaine. Les grèves dans tous les secteurs stratégiques de l’économie du pays sont également de nature à enterrer tout ce qui pouvait rester de l’autorité de l’état. 

Cette idée est renforcée par la perception de guerre entre la Cour Constitutionnelle et le gouvernement de la République autour des arrêtés 0559/PM et 0685/PM. Le Chef de l’état absent du débat et incapable de donner de la voix, n’est plus qu’un triste personnage, simple observateur de l’actualité politique du pays.

Aujourd’hui l’autorité de son pouvoir s’est tellement évaporée que la seule solution qui restera au Chef de l’Etat est de remanier le gouvernement en profondeur.Encore que les Gabonais se foutent éperdument de la succession des ministres qui défilent, jugés incompétents les uns comme les autres.

Avec un parti (PDG) fragilisé par des guerres intestines, un secrétaire général dont la tête est réclamée par d’autres membres de ce parti, un gouvernement qui est en rupture de confiance avec les populations par la constance de ses décisions impopulaires et approximatives, une majorité politique qui n’en est plus une, Ali Bongo n’incarne plus aucune autorité politique. 

Par conséquent, avec la montée en puissance des contestations politiques, des grèves, des démissionspolitiques prévisibles (entre mai, juin et juillet 2023), le Gabon connaitra forcément des perturbations politiques et sociales et le Chef de l’Etat Ali Bongo Ondimba ne disposant plus d’aucune autorité pour contenir le peuple gabonais, le pays sera ingouvernable par le fait d’une autorité politique complètement évanouie. Il ne restera plus au pouvoir actuel qu’à utiliser la force. Elle pourrait soit s’exercer contre Ali Bongo ou contre les Gabonaises et Gabonais.