Pourquoi le gouvernement actuel est illégitime et inapte politiquement ?

La question de l’absence d’épaisseur politique au sein du gouvernement gabonais devient absolument préoccupante tant les conséquences de son inaction collective tendent à fragiliser le pouvoir actuel. Jamais de mémoire, on avait assisté à un tel mépris affiché de manière ostentatoire envers une équipe gouvernementale. Deux axes nous permettent méthodiquement de dégager le pourquoi d’un tel irrespect envers l’équipe conduite par Rose Christiane OssoukaRaponda.

D’abord l’illégitimité. Plusieurs membres du gouvernement, arrivés dans cette équipe par le fallacieux prétexte de la non corrélation entre la compétence politique et la compétence technocratique, ont au fil des mois expérimentés le fait qu’historiquement, on ne pouvait être une voix d’autorité dans le gouvernement si l’on n’avait pu décrocher un mandat électif dans sa province d’origine ou même d’adoption. 

Au-delà du caractère national du cercle d’influence d’un membre du gouvernement, il n’en demeure pas moins que plus l’on s’avance vers l’élection présidentielle, l’appartenance à un fief politique devient une nécessité vitale pour un membre du gouvernement. Or, la plupart de ceux qui sont actuellement au gouvernement, n’ont soit pas de mandat ou simplement pas de légitimité populaire pour apporter à la réélection d’Ali Bongo.

On se retrouve au sein du même exécutif avec les incongruités suivantes : Un membre du gouvernement absent sur le terrain politique parce que ne bénéficiant d’aucun mandat électif susceptible de lui conférer des assises sur le plan politique et des hauts responsables politiques appartenant à l’appareil politique du pouvoir (PDG), ne disposant pas de moyens pour conduire la politique de leur parti. Dans les régions dans lesquels un tel cas de figure existe, les activités politiques et même sociales sont plongées dans une impasse.

La raison d’une telle situation jugée catastrophique pour le pouvoir actuel est simple : les faiseurs de rois n’ont jamais eu une appréciation juste de la situation du pays et de ses traditions politiques. On a voulu défaire les puissances politiques locales au non d’un turn-over sans s’assurer que les jeunots pouvaient répondre présents à l’appel. Des localités ont été bombardés de ministres qui n’avaient dans lesdites localités aucun début de légitimité dans l’histoire politique de la région. Conséquence, ceux qui se gavent d’argent et de privilèges, qui sont au gouvernement ne sont tenus pas aucun devoir vis-à-vis des populations parce que ne possédant aucun mandat, et ceux qui ont une fonction strictement politique dans le parti au pouvoir et sur lesquels il faudra compter pour la réélection d’Ali Bongo, ne sont jamais passés à la caisse ni bénéficié d’un avantage politique ces dernières années. Les frustrations rythment leur quotidien.  

Que peut penser un responsable politique de l’Ogooué-maritime, affamé, à pieds, mais qui doit être le premier à prendre ses responsabilités et rendre des comptes au parti au pouvoir pour assurer la réélection d’Ali Bongo Ondimba, face à une ministre comme Carmen Ndaot dont la simple implication politique dans la province est recherchée ? Que doit penser un Membre du Bureau Politique (MBP) ou un élu de l’Ogooué-Ivindo, réduit à sa plus simple expression par le manque de moyens financiers quand il voit le Pr. Lee White conduire de gros bolides ou survoler le territoire en hélicoptère ? Ce n’est pas de la jalousie mais un sentiment d’injustice parce que Lee White ne rend des comptes à personne politiquement dans la province. Pourtant, cette province est celle qui a le mieux élu Ali Bongo en 2016. D’autres exemples ne manquent pas. Les tenants du pouvoir actuel doivent savoir qu’en politique, personne n’accompagne qui que se soit sans retour sur les sacrifices consentis.

Ceux qui veulent réinventer la roue vous diront pour préserver les intérêts de leurs amis-ministres ou sous-traitants, qu’un ministre n’est pas désigné pour faire de la politique dans sa province puisqu’ayant une influence nationale. C’est un faux argument, d’abord parce que le dosage ethnique au sein d’une équipe gouvernementale est fait pour établir une représentativité régionale, ensuite l’on recherche une certaine forme de légitimité politique. Bien naïf qui voudrait nous faire croire par exemple que la présence d’un Biendi Maganga Moussavou dans le gouvernement, n’aurait rien à voir avec l’éventualité d’un soutien de la ville de Mouila au Chef de l’état Ali Bongo lors de la présidentielle. Si tel était le cas, on demanderait au ministre Biendi Maganga Moussavou de battre campagne à Medouneu pendant la présidentielle.

Segundo, l’inaptitude à agir. Lorsqu’on n’est pas lié au peuple par un contrat politique, c’est-à-dire la peur qui nous traverse le ventre de se voir rejeter par les siens (populations). Lorsqu’on doit tout à un groupe de personnes qui vous tient et par lequel vous êtes au gouvernement. Lorsque vous avez l’assurance que malgré des années de grève et une paralysie totale d’un ministère, vous n’avez aucune raison de vous inquiéter d’une éviction de votre poste. Lorsque vous avez reçu un portefeuille ministériel comme faisant partie d’un héritage, lorsque même les résultats de plus d’une année à la tête d’un ministère rappelle toujours le désert et que vous devenez de plus en plus arrogant et convaincu que vous n’êtes pas tenu par une quelconque obligation de résultats, il vois est en définitive impossible de servir le pays en votre qualité de membre du gouvernement.

Pourquoi seriez-vous préoccupé par une accalmie sur le front social dans votre ministère quand votre sort ne dépend pas de cela mais plutôt de votre loyauté envers un groupuscule. Pourquoi chercheriez-vous des performances dans l’exécution des politiques publiques quand vous avez déjà versé les recettes au groupe de prédateurs qui vous a choisi, à travers un projet adjugé à une société écran qui sert les intérêts de vos maîtres. 

Dans cette position, vous devenez de plus en plus arrogant et de plus en plus déconnecté de la réalité. Vous pensez être dans le dernier cercle parce que vous avez même accès aux noms de ceux qui seront débarqués du gouvernement et des directions générales. C’est exactement cette logique qui guide certains membres du gouvernement qui multiplient les bourdes et ne reculent devant rien.

Dans ce pays, on n’a jamais promu un homme ou une femme pour sa compétence et débarqué un ministre pour son incompétence. Nous sommes dans le monde de la loterie, des expérimentations politiques. Un monde dans lequel un gourou religieux peut avoir une influence dans le fonctionnement de l’état, ou un homme sans aucune fonction peut prendre des décisions au nom de l’état.

Les membres du gouvernement sont inaptes parce que certains, tel qu’on vient de le décrire, n’ont de comptes à rendre à qui que ce soit. Voilà les raisons pour lesquelles le gouvernement gabonais actuel est illégitime et inapte à la fonction. Ceux qui n’ont aucune assise politique occupent les plus hautes fonctions au nom d’une technocratie qui se vautre dans l’incompétence et ceux qui auraient pu se préoccuper du sort du pays et qui justifient d’une légitimité politique sont précarisés au nom d’un changement de paradigme qui ne sert que les intérêts de quelques-uns. Il n’y a pas plus loyal qu’un homme incompétent, qui sait en réalité qu’au lieu d’un poste de ministre de la République, il aurait au mieux, été Chef de service dans un ministère de moindre importance comme celui de la décentralisation.

C’est aussi pour ces raisons que certains de nos compatriotes se demandent souvent « QUI DIRIGE LE GABON ». Ali Bongo peut avoir un bilan accablant certes, mais on pourrait lui reconnaitre d’être tout de même un stratège politique. Au nom de cette présomption de compétences politiques et au regard de l’exceptionnel amateurisme dans les ajustements politico-administratifs qui ne pourraient qu’être que l’oeuvre d’un débutant en politique, l’opinion est en droit de penser qu’Ali Bongo n’est plus aux commandes. C’est dit.