Débat ethnique au Gabon: les dangers d’une boîte de Pandore explosive

Bien avant que Max Anicet Koumba prononce, le 28 octobre dernier, les propos qui lui valent désormais d’être honni et conspué par l’ensemble de la communauté nationale, a-t-il mesuré à quel point ces paroles étaient incendiaires? On peut tout au moins noter qu’il ne semblait pas bien appréhender le risque d’exploitation opportuniste qui pouvait en découler par la suite.

Dénonciations tous azimuts et unanimes, jugement populaire sévère et justifié, brocardisation de l’interessé dont le nom du Parti politique recèle par ailleurs quelques motifs de dérision. C’est entre autres de cela qu’est fait le quotidien de la vie publique de Max Anicet Koumba. Et très peu pourraient prendre le risque de lui témoigner une quelconque forme de compassion.

Mais tout aussi « inflammables » que la sortie absurde et scandaleuse du Président du Rassemblement des Gaulois, certaines réactions à celle-ci apparaissent également susceptibles de vive réprobation. Tant elles portent en elles les signes d’un opportunisme procurant le sentiment d’une certaine surenchère. Par exemple, on ne saurait passer sous silence ces personnalités dont la voix porte et qui, au lieu de poser les bases d’un débat plus sain, se plaisent à en faire une tribune personnelle, via l’instrumentation d’une supposée « problématique des fangs », en quête qu’elles semblent être d’une nouvelle visibilité politique, manifestement difficile à obtenir par elles aux moyens de la raison et de la hauteur républicaines qu’exige leur statut public.

En ne faisant pas preuve d’un minimum de retenue, en martelant qu’il existe au Gabon une prétendue logique discriminatoire que les faits, la sociologie actuelle et les brassages sociaux démentent avec force, ces responsables ne font pas beaucoup mieux que Max Anicet Koumba. Ils se constituent même en agents de Service Après Vente de ce dernier. Toute chose donnant au dérapage de Max Anicet Koumba les airs d’une perche commode tendue, saisie allègrement par des esprits qui n’en attendaient pas plus pour aller dans tous les sens, quitte à procéder à une théorisation simpliste de la réalité socio-ethnique gabonaise, dont la complexité s’impose pourtant d’elle-même.

Oui, certes, il existe et demeurera toujours des a priori populaires tantôt désobligeants, tantôt valorisants, de tel ou tel autre groupe ethnique, de la part des autres composantes culturelles de la société. Mais cela tient davantage à l’œuvre de construction laborieuse d’une nation, et non à une stigmatisation spécifique et organisée contre x ou y. Faire croire le contraire de cela, c’est faire le lit de la déflagration sociale, à laquelle personne n’a intérêt.