SERGE ABSLOW: QUAND LA NATION SE FISSURE PETIT À PETIT

Notre compatriote Serge Abslow a pondu récemment un billet sarcastique qui est la photographie de l’état moral de la Nation toute entière. Habitué à cet exercice et rencontrant un certain succès tant ses billets sarcastiques reflètent la réalité vécue par la plupart de nos compatriotes, ce dernier billet mérite que chacun puisse le lire et se faire sa propre idée. Nous publions tel quel, le texte de monsieur Serge Abslow.

1. Les évènements d’Okondja qui défraient la chronique depuis 2 jours, sont d’une gravité exceptionnelle malgré le silence des autorités qui continuent de détourner les yeux face à la montée des extrémismes dans le pays.  Qu’on ne s’y trompe pas, l’extrémisme religieux qui a conduit au terrorisme qui sévit dans le monde est né d’agissements qui étaient le fait de personnes incultes et/ou sectaires. Quand la bêtise prend le pouvoir, l’horreur n’est jamais très loin.

2. Et elle commence à se lire dans les agissements d’un certain nombre de compatriotes et notamment de certains altogovéens, qui conceptualisent une approche hégémonique du pouvoir et développent une conception patrimoniale de l’état. Selon cette sombre vision qui est visiblement entretenue par les hommes politiques, certains auraient le droit de tout faire dans tout le Gabon mais n’autorisent pas les autres gabonais à tout faire dans le Haut-ogooué?

3. Je suis originaire du Woleu Ntem et j’y ai travaillé durant 5 ans. Dans l’administration publique et privée, j’y ai côtoyé des compatriotes de toutes les provinces parmi lesquels de nombreux altogovéens, d’ailleurs les plus nombreux.
Certains y ont investi en achetant ou en construisant des maisons et sont fiers et heureux de l’hospitalité qu’ils ont reçue dans cette province. Et pourtant le Woleu Ntem est une province frondeuse qui vote dans l’opposition.

4. Mais la politique n’a jamais influencé les rapports sociaux entre les woleuntémois et les autres gabonais qui y vivent et y travaillent au point que des actes de barbarie soient perpétrés contre ces compatriotes venus d’ailleurs. Il en est de même dans les autres provinces et régions du Gabon. Quel message les population d’Okondja lancent-elles aux Portgentillais, ville cosmopolite par excellence et non moins frondeuse politiquement? Devraient-ils aussi brûler les maisons des pédégistes locaux?

5. Comment devraient percevoir ce triste signal venu d’Okondja, les populations de Lambaréné qui abritent tous les autres gabonais sans distinction d’origines et d’opinions. Doivent-ils eux aussi reconsidérer leur hospitalité légendaire? Qu’on se le dise franchement, ce qui vient de se dérouler à Okondja et qui aurait pu tourner en drame si ABC avait été effectivement dans la maison incendiée, est d’une extrême gravité dans une république proclamée et une nation revendiquée.

6. Cet acte équivaut ni plus ni moins à une volonté de partition du Gabon. C’est un acte sécessionniste par lequel certains gabonais, forts de cette conception hégémonique du pouvoir et patrimoniale de l’état, dénient aux autres gabonais le droit de jouir des libertés individuelles et collectives et de circuler librement dans un espace précis de la République. Ayant entendu la note vocale qui circule, il est évident que les éléments de langage utilisés relèvent d’une ligne directrice de l’appareil politique PDG. Mathias Otounga n’a fait que relayer les instructions de la hiérarchie de son parti au niveau départemental à minima.

7. Le plus grave dans cette triste histoire, ce n’est pas la maison brûlée, mais le silence du PDG et du gouvernement qui n’ont nullement condamné ces faits, d’une part, et ces directives données par un militant, ministre de surcroît, d’autres part. Dans une vraie république, ce ministre doit être démis de ses fonctions car il a manqué au devoir de réserve et de neutralité dans l’exercice de la fonction gouvernementale qui est supposée être républicaine et non pas partisane. Mais je ne me fais aucune d’illusion, il ne sera pas inquiété. Ainsi va ce pays.

8. Pourquoi le serait-il quand ces évènements d’Okondja sont en realité la face cachée de cet iceberg politico-idélogique que véhiculent certains hommes publics, et qui grandit et ébranle petit à petit les fondements de la nation en tant que peuple, communauté humaine qui possède une unité historique, linguistique, culturelle et économique plus ou moins forte.

9. Un proverbe ékang dit : « #ba_vuēne_bilê_ye_alou_yedãng_ayap ». On n’oublie pas son rêve parce que la nuit a trop duré. Avons-nous oublié le drame rwandais parce que le Rwanda est devenu enviable au yeux du monde? Avons-nous oublié que la même conception hégémonique du pouvoir et patrimoniale de l’état d’une minorité a conduit à l’un des plus grands drames humains du siècle finissant?

10. C’est pourquoi je m’indigne de ce qui s’est passé à Okandja et le condamne avec fermeté. J’invite tous ceux qui croient encore en la république et en la nation, deux notions indisociables, complémentaires et solidaires, à exiger des sanctions contre les commanditaires et les exécutants de ces basses besognes qui fragilisent la paix sociale dans notre pays. Ne rien faire, c’est encourager une réaction en chaîne aux conséquences imaginables.

SARCASTIQUEMENT VÔTRE!